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Est-il éthique de porter dans les médias sociaux ce qu’on l’on estime être un manquement éthique ?   Tout le monde parle volontiers d’éthique : dans un écosystème B2B c’est à la fois l’un des sujets les plus puissants et l’un des plus indigents.  
Et toc, voici mon feedback :
Laissez-moi dire ce que j'en pense...
Infos diverses
Lieu : Paris, France
Format : Chronique
Traitement : Débat d'idées
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Est-il éthique de porter dans les médias sociaux ce qu’on l’on estime être un manquement éthique ?

 

Tout le monde parle volontiers d’éthique : dans un écosystème B2B c’est à la fois l’un des sujets les plus puissants et l’un des plus indigents.

 
Expertises concernées :  social selling

L’un des plus puissants parce que :

 

- bien sûr nécessaire et vertueux,

- « légitimant »: assumer de parler d’éthique en entreprise oblige à prendre de la hauteur sur ses processus, rechercher la vertu qui en découle en lien avec les bénéfices pour l’activité,

- économiquement viable : non, ce n’est pas sale d’évoquer les liens entre éthique et performance collective (contrairement à ce qu’en dit Compte-Sponville, racoleur sur ce coup-là - voir conf. : Homo Moralis - http://youtu.be/wZMJjolZ04Q)


L’un des plus indigents parce que :


- n’importe qui peut s’en emparer et afficher de nobles aspirations,

- on peut avec quelques traits d’esprit tourner en dérision quiconque s’en réclame en entreprise : même Compte-Sponville a vidé le sujet de toute sa substance (du moins pour son auditoire tout acquis du moment) en soulignant qu’un Master « ethical business » à l’ESSEC était un contre-sens : personne n’est en mesure de lui donner tort semble-t-il ;

- Le sujet est abstrait : les gens veulent du concret (l’éthique ne répond pas à leurs attentes business immédiates) ;

- tout le monde a sa propre définition populaire de l’éthique, et il faut bien déplorer que peu de gens ont fait l’effort de s’y intéresser vraiment à l’époque du bac.

 

Un sujet profond, traité en conversation de comptoir

Je ne m'en offusque pas : je ne suis pas ayatollesque sur le sujet (juste intrigué).

Je souligne simplement ceci :

Dans une discussion sérieuse ou une conférence sur un sujet reliant éthique et business (j’en parle parce que j’en ai fait les frais la semaine dernière encore), pour un intervenant calé sur l’éthique vous en aurez 10 qui tournent le sujet au grotesque.

 

Pour un intervenant conscientisé sur l’éthique selon Spinoza (qui récuse tout libre-arbitre en raison des déterminismes mais recherche la béatitude dans une philosophie pratique),

ou un autre éventuellement ouvert à Kant (bonne volonté, pureté des intentions, distinction entre agir conformément au devoir et agir par devoir etc.),

ou un autre stimulé par Sartre et les existentialistes (liberté ontologique radicale, le "moi crée le monde", il est une pure liberté et nos actes nous définissent etc.),

pour ne citer que ces courants de pensées intéressants même pour la conduite de sa vie et de son activité professionnelle,

eh bien 90% des autres intervenants vont nous sortir une petite définition de l’éthique plus proche de la « bonne morale » populaire de Madame Michu.

Tout fout le camp - oui je sais :-)

 

Mais ça vaut le coup pardi, et c'est pas pour donner des leçons !

Je ne cite pas des philosophes par snobisme : je vis avec mon temps en allant puiser dans nos racines culturelles 5000 ans d’outillage intellectuel qui définissent nos valeurs sociétales profondes tout en m’éclairant dans ma pensée.

Alors je l’assume et je le clame haut et fort : le sujet de l’éthique est devenu - en soi - un thème indigent dans nos conversations entre gens d’apparence cultivés, affichant des exigences intellectuelles liées à leurs statuts de producteurs de contenus qui sont supposés faire sens.

Vraiment, quand j’en parle, je ne souhaite pas me montrer professoral, mais bien volontiers mesurer ma propre ignorance à l’aune de ceux qui pourraient recadrer mes propres lacunes : j’ai juste soif d’apprendre et compléter les concepts éthiques me permettant d'aspirer à une vie plus saine, si possible collectivement avec ceux qui veulent bien partager ces valeurs.
 

AH, l'ignorance : c’est la raison pour laquelle le sujet fait peur.

Parce que l’on a oublié ses fondements philosophiques, parce que tout ce qui sonne un peu intello, dans une culture en voie de médiocrisation par le culte de la sacro-sainte brièveté en ligne, fait craindre la moquerie.

 

La nécessité de cohérence, aussi, c'est très engageant

L’autre raison qui explique qu’on ait peur, c’est qu’il faut assumer ce qu’on annonce : instaurer une relation claire et cohérente entre ce qu’on prétend être le socle de nos valeurs éthiques, et ce qu’on en fait au quotidien.

 

Or je vous le demande, à quoi bon parler éthique si c’est pour rester vague sur le sujet ? Si c’est pour occulter ce qui se passe dans la vie de l’entreprise ?

 

J’écris ce billet car une très bonne question m’est venue :

 

Doit-on exploiter la médiatisation autorisée par les réseaux sociaux pour livrer au grand jour ce qu’on estime être un manquement éthique ?

 

Là aussi, j’en fait actuellement les frais.

Une histoire m’a heurté, je l’ai exposée.

Les sous-jacents sont complexes à expliciter : mais j’ai essayé.

L’exposé fut laborieux, mêlé je l'avoue d'une inéffable souffrance, et d’émotions négatives (les miennes).


J’ai rassemblé de facto ceux qui étaient en phase avec moi,

Je me suis fait des ennemis,

Ou j'ai tout simplement perdu des amis (au sens médias sociaux du terme).


Dans la foulée, jeudi dernier quelqu’un a fait un lien un peu "cheap" entre éthique et SPAM, abaissant le sujet à l’anecdote issue d’une maladresse informatique. C’est pire que le point Goodwin (parce que difficile à reprocher) : on sort le mot « éthique » à tort et à travers juste pour vous prendre en défaut. Le terme d’éthique est devenu le parfait levier de la malhonnêteté intellectuelle.

 

Doit-on révéler ce qui est caché ?

Je crois que, si j’ai été quant à moi aussi clivant, en m’exposant ainsi, c’est pour les raisons évoquées plus haut en relation avec l’ignorance du thème de l’éthique et de ses implications pour la conduite des affaires (devenir sujet à caution sur le thème de la cohérence).

 

J’estime avoir pris le risque de rendre visibles des exactions subtiles jusqu’ici invisibles : un cynisme banalisé dans lequel les gros piétinent les petits, au travers, du moins, de certains salariés, heureusement rares et non représentatifs, habitués à se draper dans leur dédain parfois arrogant pour quiconque n’appartient pas au sérail.

 

Et tout à coup, dans la révélation tout change.

Le monde numérique fabrique industriellement de la transparence forcée.

 

Même un « petit » (entendre : un agent économique indépendant qui invente sa raison d’être sans emprunter le pouvoir d’intimidation que lui confère subtilement la marque qui l’emploie), peut déstabiliser un « gros » (entendre : n’’importe quel ressortissant qui se croyait protégé dans la tour d’ivoire de sa multinationale).

 

On m’a reproché d’être cruel : d’exposer au grand jour et nommément la personne que j’estime avoir été impolie et inélégante. Je deviens alors le méchant.

 

D’autres au contraire, m’ont encouragé, et même félicité.

 

Chacun a ses raisons que la raison ignore.

 

Pris au piège du complet flou artistique

Le plus déroutant c’est qu’en transformant en cas d’école ce que j’estime une preuve d’arrogance contre-productive, l’on ait pu m’écrire que c’était en contradiction avec les valeurs éthiques que je defends !

 

Mais la question reste posée :

S’engager sur l’éthique doit-il n’être qu’une abstraction de discours ?

 

Doit-on « protéger » de tout retour critique visible du public, ceux que l’on estime avoir manqué au devoir le plus élémentaire de la morale ?

 

Le paradoxe du débat rendu visible et accessible :

En m’exposant ainsi, j’ai provoqué le débat : il était donc facile aux intéressés de me donner tort : principe de réciprocité du débat oblige.

 

Ce qui m’a frappé, c’est ce paradoxe qui oppose deux visions :

 

- j’utilise la notion d’éthique pour justifier d’un débat utile ;

- d’autres ont recours à l’éthique pour justifier du fait que le débat ne doit surtout pas avoir lieu en public.

 

C’est ça la question qui me fascine :

Peut-on croire en la nécessité d’une réflexion éthique en ne la mettant jamais en application dans un espace public, numérique à plus forte raison ?

 

Doit-on auto-censurer toute velléité de rendre tangible et transparent le cheminement de notre pensée et les actions qui l’ont provoquée ?

 

Doit-on dissimuler le débat au prétexte que l’on risque de se tromper (et donc, d'être potentiellement, publiquement blessant à tort ?

 

L’avis qui n’engage que moi, c’est qu’à partir du moment où, par définition même du débat, on n’empêche pas les autres de nous répondre, et que par-dessus le marché l’écrit permet de « s’entendre parler » si j’ose dire (sans être interrompu ni pris en otage par les mécanismes de la démocratie-spectacle, ni même limité dans le temps), alors TOUT débat devrait être possible. Et je dirais met plus : sans craindre de le faire nominativement.

 

L'attaque : une opportunité ?

Cela va dans les deux sens, rassurez-vous : j’ai moi-même été vertement attaqué, tourné en bourrique dans un tout autre registre, eh bien je ne me suis pas plaint de l’être. Je ne me suis pas plaint de l’attaque en soi. Je me suis justifié. La personne qui m’a attaqué m’a donné la possibilité de m’expliquer dans son fil de discussion.

Je dirais même plus que ce fut une opportunité : s’il n’avait pas pris soin de m’attaquer, je n’avais pas eu la possibilité de me défendre, de recadrer selon mes convictions et d'éclairer, potentiellement, d'autres personnes n'ayant pas visiblement exprimé leur désaccord.

En passant ainsi mon erreur du non-dit vers la place publique, mon détracteur m'a offert une chance exceptionnelle de faire mon mea culpa tout en cisconscrivant raisonnablement la portée réelle de mon erreur.

Étrangement... 


La théatralisation est l'occasion de dédramatiser !

 

Pour autant je déplore sincèrement ce chantage intellectuel sous-jacent qu'expriment les partisans de la discrétion :

« si tu oses porter dans l’espace public numérique un débat qui nomme des personnes tu prouves alors ta mauvaise éthique ».

 

Je m’inscris en faux : cela ne serait contraire à ma propre doctrine que si j’empêchais l’autre de me répondre.

Si par exemple j’étais le tribun d’un medium de premier plan exploitant sa forte visibilité pour détruire une carrière dans les années 70 !

Aujourd’hui, que je m’exprime sur lemonde.fr ou sur bascunana.com : dans tous les cas les intéressés, ceux que je somme de s’expliquer, ont la possibilité de me répondre sans filtre, immédiatement.

 

« Ne lave pas ton linge sale en public »

Il est aussi de bon ton de me rétorquer, sur le même mode culpabilisant et certes castrateur : « ne lave pas ton linge sale en public ».

Oui bien sûr : il est de certains combats que je garde intimes, complètement privés.

Mais je choisis d’en médiatiser certains dans une optique de transparence.

Pourquoi ?

- Pour saper méthodiquement certaines positions dominantes. Notamment celles indirectement portées par des marques de premier plan et certains de leurs salariés qui usent de ce prestige (je le répète, ils sont ne sont pas représentatifs mais nuisibles).

- Pour les contraindre à diminuer leur potentiel nuisible en sachant qu’il existe désormais... Un équilibre de la terreur ! J’assume totalement l’expression en référence au monde des politiques.


Dans mon histoire récente, une personne m’a privé d’un revenu par dépit, usant de son influence pour me blacklister. Il est bénéfique à l’échelle de l’écosystème des consultants et des petits acteurs que je connais, que je côtoie, qu’ils sachent qu’ils ne sont plus seuls ni désemparés.

Je transforme les intrigues dissimulées en simples cas d’école, le temps d'une micro inflammation médiatique passagère de 2 heures, pour confronter la personne concernée à sa propre mesquinerie.

Je suis aussi contraint de le faire pour une raison simple : parce que dans la manipulation cachée elle exploite mon ignorance des connexions immédiates qu’elle sape en se faisant passer pour une victime.

Or depuis que j’ai publié sous forme de cas d’école la nature de notre conflit :

- non seulement plusieurs personnes m’ont fait savoir qu’elle œuvrait à casser ma crédibilité dans certaines conversations privées (et que cette personne le faisait de façon appuyée),

- mais aujourd’hui il lui est beaucoup plus difficile de le faire plus avant puisque j’ai officialisé notre conflit, rendant ainsi à portée de Google l’association de son nom et du mieux, ainsi que notre conflit, pour documenter le dossier. Quoiqu'elle dise pour tenter de mettre à mal ma réputation, mon écosystème immédiat a plus de probabilité de trouver les commentaires de l'un comme de l'autre no crédibles à l'aune d'une bisbille officialisée. Ma version est documentée. Elle équilibre, et peut-être même annihile, la sienne.

 

Assumer le discours éthique c'est s'exposer au débat :

Assumer par conséquent un réel engagement pour l’éthique c’est prêter le flanc au débat puisqu’à mon sens l’éthique ne doit pas rester un sujet abstrait, tantôt passionnant en cercles fermés, tantôt indigent quant à ses divers modes de récupération.

 

L’éthique se joue désormais sur une échelle de médiatisation qui certes, ne rendra pas les gens meilleurs.

 

Mais qui dans une perspective kantienne va les contraindre à mieux se comporter.

 

Rappelez-vous :

Pour Kant le commerçant qui sert loyalement ses clients ne le fait pas forcément dans un souci d’adhésion au concept de « devoir moral », il le fait par intérêt. Tous les contrats commerciaux que nous signons font référence à la légalité : pas à la moralité. La légalité néanmoins s’inspire de la morale. La e-reputation est une chose oppressante, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais quelque part elle s’inspire d’une lointaine source morale.

 

Dans la zone très floue des comportements business empiriquement border line, beaucoup de petites actions, de jeux de pouvoir, de trafics d’influences, ou même de brimades cruelles sont trop subtils pour être mais mis à jour.

 

C’est en train de changer.

 

Dans le formalisme de Kant en morale il y a une idée très simple : est-ce que dans mes actions j’applique un règle référente ?

La règle selon lui doit être de portée universelle.

 

“Une action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle, mais de la maxime d’après laquelle elle est décidée”.

 

Je me suis (sincèrement) posé la question : est-ce qu’en prenant le risque d’exposer ma bisbille je m’en suis référé à une règle susceptible d’être universalisée, est-ce que je me suis référé à une maxime méritant d’être reprise par mes pairs ?

 

Oui.

 

Je ne suis ni pour ni contre la société holoptique, où tout le monde voit tout.

 

Je sais juste que je vis dedans. Plus le choix. Les autres aussi. Amis, ennemis, indifférents.

 

Elle porte par excellence l’exigence d’universalité propre à l’éthique : mon cas particulier, même s’il ne touche que 3 personnes en sus de mon cercle privé, peut inspirer des solutions, et du fait de sa traçabilité imposer des limites aux puissants.


Little brother is now watching BIG brother.

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  • Commentaire de Frédéric BASCUNANA : Les commentaires sont bien sûr massivement présents ici :https://www.linkedin.com/pulse/social-selling-et-transparence-forc%C3%A9e-le-d%C3%A9bat-de-du-bascu%C3%B1ana?trk=prof-post (j'enrage lol)