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Je suis l'inspiration du jour à la lecture de ce partage  de Sylvie Grimblat - qui m'a donné envie de prolonger le débat :-) Cioran disait en substance qu'il n'est pas pire damnation que d'être "catalogué". Réduit à quelque étiquette. Je rebondis donc sur l'article de Sylvie qu'elle a titré : Avoir une étiquette a-t-il un sens ?  - Le titre annonce une ambition philosophique, un débat même, dont j'osais attendre beaucoup tant il m'interpelle, mais la réponse est un peu trop raisonnable et triviale à mon goût. Pardon Sylvie je te taquine, mais tu m'as laissé sur ma faim ;) (ayant annoncé le présent article de blog sur Linkedin, je vous invite aussi à lire les réactions, très instructives ici )
Et toc, voici mon feedback :
Je trouve cet article...




Infos diverses
Lieu : Paris, France
Format : Article
Traitement : Billet d'humeur
Notes
Intervenants (1)
AUDIENCE
 

Je suis l'inspiration du jour à la lecture de ce partage de Sylvie Grimblat - qui m'a donné envie de prolonger le débat :-)


Cioran disait en substance qu'il n'est pas pire damnation que d'être "catalogué". Réduit à quelque étiquette.

Je rebondis donc sur l'article de Sylvie qu'elle a titré :


Avoir une étiquette a-t-il un sens ?


 - Le titre annonce une ambition philosophique, un débat même, dont j'osais attendre beaucoup tant il m'interpelle, mais la réponse est un peu trop raisonnable et triviale à mon goût. Pardon Sylvie je te taquine, mais tu m'as laissé sur ma faim ;)


(ayant annoncé le présent article de blog sur Linkedin,

je vous invite aussi à lire les réactions, très instructives ici )

De façon générale, les réseaux, les médias sociaux, les plateformes ont cette fâcheuse tendance qu'ils nous contraignent dans des cases.

Oui j'enfonce une case ouverte - mais restez avec moi, ce qui va sans dire vaut parfois qu'on le redise - qu'on le creuse un peu.


Ce constat n'a rien de fantasiste : il est strictement factuel, technique.


Moi numérique et liberté : profil-boxé je suis

Nous concédons une petite part de notre liberté, nous ajustons un "Moi numérique", nous dépouillant symboliquement d'une partie de notre Moi complexe pour devenir... digestes

Pour cibler un cadre-limite pour un budget, ou un planning, les anglo-saxons emploient par exemple des expressions pratiques telles que "budget-boxed", "time-boxed". Nous sommes aussi "profile-boxed", non sans une subtile forme de docilité, d'ailleurs persuadés qu'il ne s'agit pas là d'une privation, mais d'une extension du domaine du Moi. 

Nous obtempérons pour nous "marketer" : le CV-profil, l'avez-vous remarqué, ne laisse guère de place à la fantaisie.

Nous avons tous le même.

Le CV répond enfin à un standard universel : un cauchemar orwellien si l'on y pense - en tellement plus raffiné.


Non, je ne suis pas un rabat-joie (juste moins comestible) :

J'y adhère même en partie - mais à condition de ne pas totalement abdiquer ma complexité rugueuse (par opposition au condensé parfaitement lisse qu'affiche l'écran). 

Je veux bien être "digeste" à condition que m'appréhender vous cause quelques troubles... digestifs.

Si tant est que le Moi que j'affiche doive être comestible, je ne veux certes pas vous faire vomir, mais pourvu qu'il vous fasse roter.

Cioran encore, dont je comprends enfin la profondeur dans ce qui ressemblait à une provocation :

"dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter".

Gainsbourg, aussi :

"le snobisme, c'est une bulle de champagne qui hésite entre le rot et le pet".

Dans toute forme de snobisme, il y a une ambition (quelque peu hypocrite) à gommer tout ce qui dérange, le rendre lisse, le conformer à une indigente aspiration de preuve sociale. 

Or toute plateforme traduit, elle aussi, le chic des attentes de ses vrais bénéficiaires : les clients chasseurs-cueilleurs-recruteurs qui trouvent là l'expression d'un consensus virtuel auquel ils n'ont pas vraiment consenti mais qui les arrange tout autant que celles et ceux qui s'y "markètent".

Un alignement tacite s'est opéré entre l'offre et la demande : d'un côté on consomme, de l'autre on produit des CV-profils lisses et bien boxés, ayant abdiqué toute imagination. Il y a bien un format "à la mode" du CV-profil-type.

 

L'ergonome est désormais aussi puissant que le trend-setter de la mode, en plus discret.

 Au point même pour certains, c'est un comble, qu'il leur faille apprendre à maîtriser les codes de "communication" sur ces réseaux, les codes en somme, de cette négation de soi qu'ils perçoivent, et qu'on leur a vendu, comme une manière de s'affirmer.

Cela ne vous aura pas échappé : ce sont ces codes qui nous maîtrisent, et non l'inverse.

Drôle de paradoxe : pour ex-ister (sortir de soi), nous limitons ainsi, fort poliment à l'attention d'autrui, l'expression complexe de notre droit à la contradiction, en concédant d'iso-normer notre parcours, en nous conformant dans un CV qui est le même pour tout le monde. Nous étouffons ainsi, persuadés qu'il ne s'agit là que d'une posture intermédiaire, temporaire, puisque nous l'avons librement choisie semble-t-il, une partie de nos aspirations à la complexité du Moi (renoncer à soi).


Les Champs Étiquetés

Les champs de "saisie", expression prémonitoire qui transcende le contexte du clavier pour tomber par homonymie dans le champ lexical des huissiers, se "saisissent" du champ des possibles.

Ces cases ont bien pour vocation de nous empêcher de déborder.

Elles nous saisissent, se saisissent à proprement parler de nous, bien plus que nous n'avons saisi le fin mot de l'affaire.

Il y a bien une éthique de l'étiquette : puisque c'est de la morale du choix et de la liberté dont il est question.


Mais je préfère une éthique nette à l'étiquette !

Tenez, même la plateforme Linkedin m'enferme quand je publie un billet : elle voudrait limiter mon inspiration avec 1300 caractères... mais pourquoi pas 1500 ou 2500 ? 5000 ?

Ce sont eux qui décident de ce que vous aurez envie de lire : et ce n'est pas très flatteur pour votre capacité de concentration.

Ni même pour ma capacité de liberté :

"vous avez dépassé la limite de caractères"

me dit-on à chacune de mes rédactions.

Tiens donc. Ah mais si, j'en ai encore, du caractère. J'ai même beaucoup plus de caractère que ceux que vous me "prêtez" avec tant de  magnanimité (quoique 1300, au vu du coût marginal du caractère, me semblent un peu mesquin).


Le Dieu Algorithme

Vous décidâtes même de me punir, du simple fait que je passe outre l'étroitesse du "post", pour me rabattre sur les largesses de "l'article".

Tant pis : n'en déplaise au sacro-saint algorithme qui non content de nous dicter nos comportements, les transforme en équations qui elles-mêmes diffusent de pernicieuses brimades.  

Je ne suis d'ailleurs bientôt plus à proprement parler une personne : je suis bel et bien un "profil". Quand je suis actif en ligne, mes qualités, mes défauts, mes mots, mes aspirations, sont au passage des paramètres re-pondérés par une vision univoque du monde (celle de l'éditeur qui a créé cette brillante mécanique de dépendance volontaire).

Alors...


Admettons toutefois qu'il faille des "étiquettes" :

Oui je vous le concède, je n'ai rien d'un ayatollah, il faut bien se marketer.

Il faudra toutefois savoir en jouer pour ne pas s'y enfermer.

Le plus grand compliment qu'on m'ait fait à ce sujet : c'est que je serais, paraît-il, à l'aune de ma présence en ligne complexe et touffue, "difficile à situer".

Ouf.

C'est tout à fait volontaire.

Si tant est que j'accepte une étiquette - ce sera s'il vous plaît celle du multi-potentiel. Je conçois bien que tant de bruit puisse être un problème et peut-être une hérésie ou pire, une faute de goût - mais c'est aussi un avantage : celui de la liberté que cela me procure.


À force de nous laisser "étiqueter"... .

... Ce qui je le comprends, Sylvie, peut être nécessaire dans une première analyse pour créer un repère mnésique et social, nous nous enfermons dans la dimension marchande de nos profils prêts-à-cataloguer...

... Et trop de gens ont tendance à devenir l'ombre de leurs propres profils...

... Puisque, ce qui commence dans une intention louable (se rendre intelligible, être cohérent, incarner une aspiration), peut tourner à la rigidité et nous empêche, comme seuls les poètes l'ont toujours incarné, d'assumer nos errements, nos humeurs d'un jour à l'autre.

Baudelaire avait proposé d'inscrire à la charte des Droits de l'Homme le droit de changer d'avis.

Aujourd'hui c'est l'Internet Society qui milite pour la consécration constitutionnelle des droits fondamentaux des utilisateurs du numérique. 

Ce serait bien, si on pouvait mixer ces deux suggestions.


Parce que voilà, quoi :


Sous l'étiquette, il y a généralement un produit :

N'est-ce pas le signe, si nous l'arborons, que nous acceptons à notre tour d'être à l'étalage, sous cellophane hygiénique ?

Pire : l'étiquette annonce le plus souvent un tarif, même si c'est pas forcément avec des chiffres.

Avez-vous réalisé qu'aussi astucieuses que soient les étiquettes qui garnissent les oripeaux storytellés de vos glorioles passées, elles ne servent dans votre profil, comme dans les supermarchés, qu'à mettre un tarif sur le produit ?

N'êtes-vous qu'à vendre, en fin de compte ?

Et d'ailleurs, êtes-vous bien certains que les étiquettes que vous arborez sont perçues au juste prix que vous aviez secrètement espéré ?


Il faut certes, "se vendre".


Mais pour finir vendus ?


Alors, je vous laisse choisir, entre :

    • L'étiquette qui affirme et enferme,
    • La VOIX, qui questionne et surprend
    • Et toute autre option perturbante de votre choix.


Personnellement, je militerais POUR le flou artistique d'une voix tonitruante, bordélique et subversive,

Ce que vous connaissez de moi sur Linkedin par exemple n'est jamais, depuis des années, qu'une infime parcelle à l'aune des multiples sites, blogs et web-TV, que je sème sur la Toile comme autant de fausses-pistes le trouble et pour agacer ceux qui voudraient me "cerner".

Ce n'est qu'une vague tentative d'évasion incomplète puisque, si les profils préformattés m'emmerdent comme la pluie - il me faut toutefois accepter d'en dépendre partiellement à titre professionnel : je dois m'auto-tagguer chaque jour, "SEO" (Search Engine Optimization) oblige, et je lutte contre le syndrome de Stockolm en m'infligeant ici même la rédaction d'un essai que personne ne lira, mais qui me maintient en qualité d'otage éveillé.


Le tag-étiquette est bien l'empreinte mémorielle du profil
mais... Le devoir de mémoire, c'est un peu plus important.

Je me rappelle notamment que l'invention des premières disquettes numériques revient à IBM, invention à peine antérieure à la Seconde Guerre Mondiale : et qu'elles ont d'abord servi en Hollande, à titre expérimental, pour informatiser un grand recensement incorporant la mention de la religion pratiquée par chaque individu - ce qui devait permettre à l'Administration du pays, intention hautement louable, de mieux allouer les fonds destinés à construire des lieux de culte au travers du territoire.

Or l'occupation nazie a exploitée ces "datas" : magnifiquement même, puisqu'ainsi la Hollande s'est révélée le pays le plus rentable d'un point de vue strictement comptable, parmi tous ceux occupés. Le recensement des personnes susceptibles d'extermination y fut particulièrement fluide.

C'est en effet très pratique, le profiling standardisé.

(je ne vais pas seulement être mauvaise langue, cette erreur historique, pour laquelle IBM a d'ailleurs officiellement jadis présenté son mea culpa, est prise en compte par Microsoft qui nous alerte sur l'imminence d'un égarement similaire)


Pour cette raison quelque peu goodwinesque (pardon),

mais aussi pour d'autres plus ineffables,

infinitésimales,

incommensurables,

psychologisantes

et totalement impopulaires,

je suis ainsi CONTRE l'étiquette quelle qu'elle soit.


Cette étiquette qui consacre au pire le mutisme d'un stéréotype, au mieux, le droit de ne plus être entendu que sur les sujets qui nous "définissent".


Ah, ce verbe. Définir. 

Autre avatar de l'étiquette et du catalogue, pardon, du référentiel de compétences qui fort heureusement ne parvient jamais à pressentir ni synthétiser le talent.


Et si nous cessions de vouloir à tout prix nous "définir" ?

Entre nous chers lecteurs, il y a quelque chose de trop définitif dans toute définition.

(et puis on ne sait jamais, retirez l'étiquette, et peut-être que, comme dans les brocantes, un passant vous offrira un prix bien plus élevé que celui que vous escomptiez juste pour vous remercier d'avoir pu discuter).


Je propose donc que l'on se "dé-finisse" : où le préfixe reprend ses droits privatifs.

Arrêton de "se" finir. Dé-finissons-nous. Dés-achevons-nous.

Définir est un terminus sémiologique : alors que nous ne devrions qu'être potentialtés.

Que le préfixe s'assume donc : qu'il nous prive même, de l'obsession de tout "finir".

Brandissons notre non-finition - en forme de pied-de-nez envers notre finitude.

Allons même jusqu'à nous prétendre "in-finis".

Fuck the étiquette.

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Commentaire de David MUSSEAU : Bonjour Frédéric, quel plaisir de lire ce pamphlet contre l'étiquette dans sa finitude et dans sa modélisation. J'ai beaucoup apprécié le talent iconoclaste ! Transformons ces "profils" et mettons les en "face" ! Il faut faire ce pas de côté pour se trouver alors "nez-à-nez" avec son interlocuteur et accepter cet autre "visage"... et oui que de personas à dévoiler...Cessons ces profilages et défilés de profilers !Nous avons un point commun sur la "multipotentialité" et c'est un formidable état d'être...Je me suis amusé à voir le champ lexical attaché à "profil" avec toute la limite que cela implique bien sûr :https://www.rimessolides.com/motscles.aspx?m=profilet celui attaché à "face" : https://www.rimessolides.com/motscles.aspx?m=faceMerci encore pour ce petit moment de bonheur ;) ! La vie est belle ! Commentaire de Frédéric BASCUNANA : Merci David, quelle reconnaissance, je suis ému :-)Belle récompense pour un simple hobby dont j'avoue être fanatique et monomaniaque : graphomane je suis :)