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Si ça continue, je vais fonder un non-Parti politique ! Un parti qui sera à déconstruire la notion même de Parti pour la bonne raison que je ne vois plus dans la logique des « Partis » qu’une fantastique machine à se déconnecter de tout esprit critique à force de nuire au sens même de la nuance.   Je sors d’une conversation dans laquelle on m’interpelle ainsi :   « Mais tu n’es pas de gauche, Frédéric ? »   Pourquoi ?   En raison d’une anecdote que je rapportais à propos d’une chanson, « Killing an Arab », de The Cure.   J’avais 14 ans quand je n’étais encore qu’un fan candide de ce groupe. J’appris alors, et cela m’avait frappé, que Robert Smith (leader du groupe et auteur) avait dû remplacer le titre de sa chanson (et les paroles de toute la chanson) - lors de certains concerts jugés « à risque » (notamment en France) par : « Killing an Englishman ». Ce qui privait la chanson de sa signification. Cette chanson était en effet un hommage direct au choc qu’il avait éprouvé en lisant L’Étranger, de Camus. Or la raison pour laquelle Camus réduit la victime à « l'Arabe » tout au long du roman, n’a rien de raciste. Elle est au contraire anti-raciste par excellence et vise à nous faire réfléchir : en réduisant justement le personnage à sa nationalité, comme le ferait un raciste. En procédant à ce qu’aujourd’hui on appelle son « essentialisation ».   Or la personne qui me demande si je suis « de gauche » (à l’aune de mes positions habituelles dans nos discussions), est tout simplement surprise que je ne prenne pas une position tendance, de principe, " contre " le titre de cette chanson, à savoir par conséquent, une position de rejet radical, qui soit aussi idiote que la plupart de celles exigées par les polémiques du moment.   Ma réponse fut donc la suivante :   « Je ne suis ni de droite, ni de gauche, plutôt apolitique. Juste humaniste-éclectique. Il y a le pire et le meilleur dans chaque camp. Je suis donc du Parti de l'esprit critique. Ça me suffit. »   La personne insiste :   « C’est beau. Mais je pense qu’on a toujours un positionnement, qu’il soit assumé ou non.   À moins que l’on n’utilise pas son droit de vote. »   Et voilà, le soupçon habituel : si tu n’es pas clair sur ce sujet, tu es un peu moins citoyen que nous autres, les membres encartés. C’est devenu banal dans la bêtise ambiante, que de faire la chasse au non-engagement.     Comment peut-on s’aveugler au point de ne pas voir ni comprendre que, dans quelque Parti que ce soit, il y a non seulement des raidissements dangereux, de la bêtise, de l’imprévisibilité, et le pire comme le meilleur ?   Que donc, ce n’est pas l’adhésion à tel ou tel parti qui compte, mais la compréhension de tel ou tel programme en fonction des équipes qui le portent à une époque donnée.   Je lui ai donc répondu :   « Parce que tu ne comprends ni n'admets pas que cela SOIT un positionnement, aussi respectable que d’être encarté.   Seulement, comme il est tout en nuance et ouverture d’esprit, qu'il se refuse au manichéisme politique, tu crois qu'il est tiède.   Or il faut être courageux pour assumer de n'appartenir ni à un camp, ni à l'autre, et de ne défendre que les intérêts de l’Homme, ce que chacun des camps fait tour à tour, tantôt très mal, tantôt très bien, en passant par d'infinies nuances de gris où cohabitent l'intelligence tout autant que la bêtise.  Si tu préfères, je suis à la fois apolitique et je suis de TOUS les partis en puissance. »      Ce qui est dommageable dans cette démocratie, c'est qu'une personne prudente passe pour une girouette, alors que ce sont les politiques qui brouillent les cartes.   On sait depuis bien longtemps que des offres de gauche ont des recettes de droite et des offres de droite ont des recettes de gauche.   Je reste donc critique : je pratique le doute systématique (au sens le plus cartésien) tout en étant ouvert à toutes les influences. Par opposition à celles et ceux qui se disent "fidèles" (à tel ou tel Parti, quoiqu’il advienne) - comme si c'était une valeur dans ce contexte. Or c’est une calcification de la pensée critique.   Restons fidèles au Bien, c'est déjà assez compliqué et je dirais, plutôt un bon début.   Vous l’aurez compris : « créer un non-Parti » ne serait donc qu’une boutade : un Parti de l'esprit critique serait en effet promis à sa propre auto-destruction, n’étant utile que le temps de construire un agrégat de toutes les bonnes idées en sortant de la fixité imposée par la bêtise ambiante.     La principale vertu d’un tel Parti serait d’être dissous aussitôt créé, pour n’avoir servi que de prétexte à développer une pensée critique : ouverte, nuancée, éclectique, sélective, agile.   Pour ne prendre que le meilleur de chaque doctrine.   Je recommande d’ailleurs une excellente série sur LeMonde - sur le thème du Courage de la Nuance : http://www.lemonde.fr/le-courage-de-la-nuance/   "Contre la pensée dogmatique, certaines figures du XXe siècle ont incarné l’audace de l’incertitude"   Illustration :  Prise sur Envato.com : "La politique. Les gens en colère et agacés jurent et discutent les uns avec les autres. Illustration Vecteur d'art abstrait moderne".
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Si ça continue, je vais fonder un non-Parti politique ! Un parti qui sera à déconstruire la notion même de Parti pour la bonne raison que je ne vois plus dans la logique des « Partis » qu’une fantastique machine à se déconnecter de tout esprit critique à force de nuire au sens même de la nuance. 

Je sors d’une conversation dans laquelle on m’interpelle ainsi : 

« Mais tu n’es pas de gauche, Frédéric ? »

 

Pourquoi ? 

En raison d’une anecdote que je rapportais à propos d’une chanson, « Killing an Arab », de The Cure. 

J’avais 14 ans quand je n’étais encore qu’un fan candide de ce groupe.

J’appris alors, et cela m’avait frappé, que Robert Smith (leader du groupe et auteur) avait dû remplacer le titre de sa chanson (et les paroles de toute la chanson) - lors de certains concerts jugés « à risque » (notamment en France) par : « Killing an Englishman ». Ce qui privait la chanson de sa signification.

Cette chanson était en effet un hommage direct au choc qu’il avait éprouvé en lisant L’Étranger, de Camus.

Or la raison pour laquelle Camus réduit la victime à « l'Arabe » tout au long du roman, n’a rien de raciste.

Elle est au contraire anti-raciste par excellence et vise à nous faire réfléchir : en réduisant justement le personnage à sa nationalité, comme le ferait un raciste. En procédant à ce qu’aujourd’hui on appelle son « essentialisation ». 

Or la personne qui me demande si je suis « de gauche » (à l’aune de mes positions habituelles dans nos discussions), est tout simplement surprise que je ne prenne pas une position tendance, de principe, "contre" le titre de cette chanson, à savoir par conséquent, une position de rejet radical, qui soit aussi idiote que la plupart de celles exigées par les polémiques du moment.

 

Ma réponse fut donc la suivante : 

« Je ne suis ni de droite, ni de gauche, plutôt apolitique. Juste humaniste-éclectique. Il y a le pire et le meilleur dans chaque camp. Je suis donc du Parti de l'esprit critique. Ça me suffit. »

 

La personne insiste :

 

« C’est beau. Mais je pense qu’on a toujours un positionnement, qu’il soit assumé ou non.  À moins que l’on n’utilise pas son droit de vote. »

 

Et voilà, le soupçon habituel : si tu n’es pas clair sur ce sujet, tu es un peu moins citoyen que nous autres, les membres encartés. C’est devenu banal dans la bêtise ambiante, que de faire la chasse au non-engagement.  

Comment peut-on s’aveugler au point de ne pas voir ni comprendre que, dans quelque Parti que ce soit, il y a non seulement des raidissements dangereux, de la bêtise, de l’imprévisibilité, et le pire comme le meilleur ? 

Que donc, ce n’est pas l’adhésion à tel ou tel parti qui compte, mais la compréhension de tel ou tel programme en fonction des équipes qui le portent à une époque donnée.

 

Je lui ai donc répondu :

 

« Parce que tu ne comprends ni n'admets pas que cela SOIT un positionnement, aussi respectable que d’être encarté. 

Seulement, comme il est tout en nuance et ouverture d’esprit, qu'il se refuse au manichéisme politique, tu crois qu'il est tiède. 

Or il faut être courageux pour assumer de n'appartenir ni à un camp, ni à l'autre, et de ne défendre que les intérêts de l’Homme, ce que chacun des camps fait tour à tour, tantôt très mal, tantôt très bien, en passant par d'infinies nuances de gris où cohabitent l'intelligence tout autant que la bêtise. 

Si tu préfères, je suis à la fois apolitique et je suis de TOUS les partis en puissance. »  

  

Ce qui est dommageable dans cette démocratie, c'est qu'une personne prudente passe pour une girouette, alors que ce sont les politiques qui brouillent les cartes. 

On sait depuis bien longtemps que des offres de gauche ont des recettes de droite et des offres de droite ont des recettes de gauche. 

Je reste donc critique : je pratique le doute systématique (au sens le plus cartésien) tout en étant ouvert à toutes les influences.

Par opposition à celles et ceux qui se disent "fidèles" (à tel ou tel Parti, quoiqu’il advienne) - comme si c'était une valeur dans ce contexte. Or c’est une calcification de la pensée critique. 


Restons fidèles au Bien, c'est déjà assez compliqué et je dirais, plutôt un bon début.

 

Vous l’aurez compris : « créer un non-Parti » ne serait donc qu’une boutade : un Parti de l'esprit critique serait en effet promis à sa propre auto-destruction, n’étant utile que le temps de construire un agrégat de toutes les bonnes idées en sortant de la fixité imposée par la bêtise ambiante.  

La principale vertu d’un tel Parti serait d’être dissous aussitôt créé, pour n’avoir servi que de prétexte à développer une pensée critique : ouverte, nuancée, éclectique, sélective, agile. 

Pour ne prendre que le meilleur de chaque doctrine.

 


Je recommande d’ailleurs une excellente série sur LeMonde - sur le thème du Courage de la Nuance :

http://www.lemonde.fr/le-courage-de-la-nuance/  

"Contre la pensée dogmatique, certaines figures du XXe siècle ont incarné l’audace de l’incertitude"

 


Illustration : 

Prise sur Envato.com : "La politique. Les gens en colère et agacés jurent et discutent les uns avec les autres. Illustration Vecteur d'art abstrait moderne".

Keywords:  Politique, citoyen
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