J’ai hâte de te raconter ce qui me paraît digne qu’on y passe un peu de temps ensemble. Mais avant que tu ne cliques plus loin, je voudrais faire ce que les premières pages de blog font rarement : me présenter.
D’ordinaire, on entre dans un blog comme dans une salle de rédaction un soir de bouclage, brutalement, au milieu d’une actualité qui n’est pas la sienne, entre deux portes qui claquent. C’est efficace, je le reconnais ; c’est aussi un peu impoli. Je préfère t’accueillir sur le seuil.
Un blog, pour moi, c’est d’abord ceci : pas de rédacteur en chef.
Personne pour couper le paragraphe qui dérange, personne pour réclamer le titre qui fait cliquer, personne pour rappeler que tel annonceur, tel ami ou tel puissant pourrait le prendre mal. Je suis seul maître à bord ; je ferai donc les choses comme je les sens, ce qui n’est pas une licence mais une responsabilité, puisque je n’aurai personne derrière qui m’abriter.
Je n’ai pas envie de te faire perdre ton temps. J’écrirai peu, et seulement ce qui me paraîtra pouvoir servir, si petitement que ce soit, deux notions parfaitement désuètes auxquelles je tiens pourtant beaucoup : le Bien général, et ce que l’on appelait jadis le devoir d’honnête homme.
Je plaide coupable d’avance : il entre dans cette entreprise une part de vanité, comme dans toute parole publique (celui qui prétend écrire sans le moindre désir d’être lu ment deux fois). Je ferai en sorte qu’elle reste discrète, négligeable si possible ; et si tu la vois poindre, si tu sens que je m’égare loin de cette profession de foi forcément naïve qu’inspire l’émoi des premiers instants, sois sans pitié dans tes commentaires. Je te le demande comme on demande un service.
Car j’écris pour donner à voir et à partager des expériences et des idées, non pour me gargariser de ma petite personne. Promis : rien ne sortira d’ici qui ne puisse servir à quelqu’un, ne serait-ce qu’à une seule personne.
Ne serait-ce qu’à rassurer. Rassurer ceux qui en auraient besoin, à l’aune de mes faiblesses, de mes exaltations, de mes élucubrations trop minutieuses et de mes fulgurances trop rares ; et de mes combats, qui ne seront pas tous gagnés.
Si je parvenais à briser cette glace-là, ce serait déjà beaucoup. C’est ce que j’attendais moi-même des blogs que je lisais, et que bien peu m’ont donné : l’image juste d’une personne qui ne fait pas semblant.
Cela n’a l’air de rien. Et pourtant nous cherchons tous, sans toujours oser le dire, des histoires qui tiennent debout et des parcours qui font sens dans le chaos.
Voilà qui je suis, ou du moins qui je m’efforce d’être.
Bienvenue.
Post-scriptum, octobre 2026. Je ne savais pas encore, en écrivant ces lignes, que les Grecs avaient un mot pour ce que je cherchais à tâtons : parrêsia, le franc-parler de celui qui dit vrai à ses risques et périls, auquel Michel Foucault a consacré ses derniers cours au Collège de France, sous le titre Le Courage de la vérité. Dix-huit ans plus tard, le mot est devenu mon nom de plume sur les réseaux, et la règle n’a pas changé : pas de rédacteur en chef, et toi pour juge.
Première publication : bascunana.com, 1er septembre 2008. Texte relu et augmenté en octobre 2026.
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